Embouteillages dans les auto-écoles depuis la fin du confinement : chaque année plus d'un million de candidats passent le permis de conduire.

350.000 examens pratiques et théoriques ont été reportés entre mars et juin 2020. Agrandir l'image
350.000 examens pratiques et théoriques ont été reportés entre mars et juin 2020.

 La crise du coronavirus a entraîné la fermeture des auto-écoles et l'annulation de 350.000 examens du permis de conduire. Face à la mission quasi-impossible de rattraper le retard, les professionnels s'activent et les candidats s'arment de patience.


Chaque année plus d'un million de candidats passent le permis de conduire. Entre mars et juin 2020, 350.000 examens pratiques et théoriques ont dû être reportés. 

Les dossiers empilés sur le bureau d'Arnaud, gestionnaire d'une auto-école à Paris, s'accumulent autant que des voitures sur l'autoroute du soleil un vendredi de juillet. Pendant trois mois, aucun élève n'a pu prendre des cours de conduite ou passer son permis. 350.000 examens pratiques et théoriques, sans compter les nombreuses heures de conduite, ont dû être annulés. Et depuis la réouverture des auto-écoles la semaine du 11 mai les candidats se bousculent.


Justine arrivait presque à la fin de son forfait de 25 heures lorsque le confinement a été déclaré. «Je pensais avoir mon permis pour cet été, tout était calculé, avant que tout soit chamboulé». La jeune femme de 25 ans vient de finir ses études de sciences politiques et comptait bien sur ce passeport rose pour mieux entrer sur le marché du travail. «C'est très stressant, on ne sait pas quand on va pouvoir passer notre permis. J'attends que mon moniteur m'appelle pour me donner une date mais il n'y a parfois qu'une place par jour.»


Jérémy avait fait le même pari. Étudiant en communication, il cherche pour la rentrée 2020 une alternance mais «sans permis, cela devient plus compliqué». Son timing était pourtant bien huilé. Examen le 17 mars, d'ici septembre, il avait le temps de redémarrer s'il échouait. Mais c'était sans compter l'arrivée de la pandémie du coronavirus et le confinement déclaré... le 17 mars. D'abord soulagé, par peur de tomber malade, il s'est rapidement inquiété de ne pas obtenir le précieux sésame, s'apercevant de la file d'attente et du délai pour obtenir une date d'examen.

Désengorger les embouteillages
Depuis le déconfinement, les candidats ont vu les délais d'attente parfois doubler. «Le temps d'attente sur la plateforme est d'ordinaire de deux mois, en ce moment c'est plutôt cinq, selon mon moniteur de conduite». Solène a donc décidé de prendre les choses en mains dès la fin du confinement. Apprentissage du code en accéléré et optimisation des heures de cours, la jeune cadre en marketing digital a mis toutes les chances de son côté pour pouvoir enchaîner les leçons de conduite pendant l'été et passer son permis dès la rentrée. Mais les créneaux se font rares, malgré l'autorisation de passer de nouveau l'examen depuis le 8 juin.

Le temps d'attente sur la plateforme est d'ordinaire de deux mois, en ce moment c'est plutôt cinq.


L'Union nationale des indépendants de la conduite (unic) alerte sur la file d'attente qui s'allonge, les inspecteurs ne pouvant faire passer que 11 candidats par jour contre 13 en temps normal. Pour éponger le trop-plein, «90.000 examens supplémentaires ont été créés», ainsi que «d'anciens examinateurs à la retraite ont été rappelés», d'après Clémentine Gonzalez, secrétaire nationale de SNICA FO, syndicat rassemblant inspecteurs et administratifs du permis de conduire.

En parallèle, beaucoup d'auto-écoles ont décidé d'augmenter le nombre de leçons et d'élargir les horaires pour faire passer davantage d'élèves. 

 
Masques, visières et housse de protection
Afin de protéger le futur conducteur, l'enseignant et l'examinateur, un protocole sanitaire a été mis en place. Chaque personne présente dans l'habitacle doit porter un masque et une visière pour ceux qui ne conduisent pas. Les sièges sont couverts d'une housse changée pour chaque nouvel élève. Les fenêtres sont constamment ouvertes pour laisser circuler l'air frais et après chaque cours, le conducteur nettoie le volant, le levier de vitesse et les clignotants.


«C'est très contraignant, on a chaud et on me comprend moins bien», maugrée Alex, professeur de conduite à Guéret dans la Creuse. «Mais cela est nécessaire si cela nous évite de tomber malade», complète-t-il. Solène, elle, s'est vite habituée aux consignes malgré l'appréhension au début : «je pensais que ça allait être compliqué et que le stress allait m'empêcher de me concentrer» mais elle a vite «oublié le masque». L'examen du permis a lui aussi été adapté : les questions théoriques ont été supprimées pour permettre à l'élève de laver le véhicule.

Les examinateurs seront-ils plus indulgents avec ces nouvelles mesures ? La réponse est non pour Alex et «heureusement», s'empresse-t-il d'ajouter. La réponse semble unanime que ce soit pour les professeurs, examinateurs ou élèves. Sophiane a raté de peu son permis mais il ne «regrette pas et comprend leur exigence». L'étudiant de 24 ans est raisonnable. «Si j'ai échoué ce n'est pas à cause du Covid, il ne faut pas se trouver de fausses excuses.»

Si j'ai échoué ce n'est pas à cause du Covid, il ne faut pas se trouver de fausses excuses.

Sophiane, 25 ans
«Un désastre financier»
Masques, gel hydroalcoolique, housses de protection... Tout ce matériel a aussi un coût financier important. Arnaud, le gérant de l'auto-école du 13ème arrondissement parisien a fait les comptes et la facture s'élève à 1200 euros, «uniquement en produits Covid». Pour équilibrer la balance, le gérant n'a pas eu d'autre choix que de réduire les effectifs. Avant la crise ils étaient quatre, ils ne sont plus que deux dont un à temps partiel. «C'est un désastre financier pour nous», se désole Arnaud, qui tire la sonnette d'alarme depuis des années car «les auto-écoles classiques souffrent face à la concurrence des plateformes numériques et de l'augmentation des coûts fixes comme la location des voitures, l'essence, les assurances ou encore les locaux.»

Le gérant appelle les pouvoirs publics à venir en aide à «une profession qui meurt» et qui a «déjà souffert des autres crises du quinquennat» à l'instar des manifestations contre la réforme des retraites et des Gilets jaunes. Au moment où Cdiscount a annoncé un partenariat avec la start-up «Le permis libre» pour moins de 750 euros, le gérant parisien dénonce une fuite des élèves vers les plateformes en ligne au détriment des auto-écoles classiques qui ne font que très peu de marge surtout depuis la privatisation de l'examen du code. «Pour que le permis soit moins cher, nous taxer davantage n'est pas la solution, il faut soutenir nos finances et encourager une formation de qualité et non low-cost.»




Par Marie-Liévine Michalik
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/embouteillages-dans-les-auto-ecoles-depuis-la-fin-du-confinement-20200707

Posté le 13 juillet 2020